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Violence conjugale dans les couples d'hommes

Un phénomène invisible
«Un jour, mon pote Léo vient à la maison.
Le soir, je lui dis on sort, donc si tu veux, mange avec nous, et là je demande à Lucky s’il peut attraper le pain, car je ne souhaite pas qu’il voit que j’ai du mal à marcher.
Là, mon ex me répond, « tu es un soumis, c’est à toi de servir, tu te remues ou je te défonce, et te frappe...».
Il y eut un silence.
Mon meilleur pote remarque que je me lève, et, quand mon ex rétorque: « tu vas te bouger ! » Il fait de même, et je le vois prendre son blouson ainsi que le mien.
Il m’attrape par le bras avec délicatesse.
Je hurle et j’ai très mal, car mon ex m’avait frappé... »
Lucas, 34 ans, Occitanie
La violence dans les amours masculines est un phénomène invisible régi par la loi du silence.
La non-déclaration des infractions confère à l’auteur de l’agression un filet de sécurité qui lui permet de continuer à la perpétrer.
« Euh... avec mes potes gays de l’époque qui avaient eux aussi des relations euh... il y avait également un déni de toute façon !
Et, même quand j’en parlais à quelques personnes euh... rien ne changeait, il y avait une incapacité à entendre ! »
Hector, 64 ans, Île-de-France.

Un phénomène banalisé

Le premier facteur explicatif de la non-déclaration semblerait relever de la pression de conformité sous le pan d’injonctions à la masculinité.
Dans les récits d’entreiens, les rares enquêtés, ayant fait part de leur vécu de violence à un ou plusieurs membres de la communauté, nous disent qu’ils n’ont pas été entendus.
Une sorte de tabou qui entacherait à la fois la virilité, mais également l’image des queers.
À la différence du témoignage ci-dessous ce n’est pas tant qu’elle soit acceptée ou non, mais qu’elle soit passée sous silence ou pire qu’elle ne soit pas prise au sérieux. Concernant le viol, par exemple, seules quatre de nos enquêtés confirment une expérience de violence sexuelle.
Alors qu’ils nous décrivent les faits caractéristiques qui s’y prêtent, ils ne vont pas l’identifier en tant que tels.
Comme si dans les relations homosexuelles, l’absence de consentement était maître, faisant de l’homme viril un pur produit de désirs intarissables.
Néanmoins, cette pression de conformité va bien au-delà de la communauté elle-même.
« Après la maltraitance de ma mère, j’ai envie de dire que c’est le milieu gay qui m’a violenté aussi.
Et ce, sous couvert de fausses bonnes valeurs !...
Et puis, on est dans un monde où tout est accepté. »
Steeve, 50 ans, Île-de-France.

Des tensions dans le couple
Il semblerait que le cadre d’expérience de violence prend sa source dans des faits antérieurs au couple.
Nous nous rendons compte dans les récits de 13 témoins que majoritairement, victimes et bourreaux ont subi de la maltraitance pendant leur enfance.
Ainsi, l’apprentissage de l’amour serait une question de soumission sous divers degrés d’agression.
De manière schématique, dans la «violence-punition», la victime est alors cloîtrée dans cette spirale interminable, bien qu’elle ne soit pas en accord avec et qu’elle ne souhaite pas, de prime abord, la perpétrer.
L’auteur des violences aura une prise de conscience à l’égard de son rôle de dominateur et connaîtra le sentiment de toute- puissance, qu’il perpétuera dans son ou ses futurs couples.
D’autant plus que la non-déclaration lui confère une légitimité, puisque personne ne va lui faire comprendre que son attitude est légalement répréhensible.
Ainsi, ce silence amène quelque chose d’encore plus complexe, dans la mesure où elle fait partie intégrante du parcours biographique de l'enquêté qui a appris à réguler en « interne»
l’expérience de violence.
Ce qui tend à amplifier la détresse des victimes.
« Tu sais, ce sont deux mecs ensemble,
ils sont virils.
Ce n’est pas possible que ça existe !
Et puis tu as honte aussi, clairement !
Je n’ose pas en parler à ma famille à cause de ça !
Parce que je n’aurais pas été capable de leur expliquer la situation, et je pense que pour eux ça aurait été une aberration complète, mais y compris ma mère hein ! » Mika, 40 ans, Occitanie.

Une faible confiance en la justice
La non-déclaration est due à la mauvaise image que certains hommes ont des officiers de police ou de gendarmerie.
Le fait de verbaliser son vécu de violence, induit de révéler son orientation sexuelle à des individus dont on ne connaît pas le degré de tolérance vis-à-vis des gays.
Une frontière va se dessiner entre l’homophobie, que les victimes ressentent vite, de même qu’une méconnaissance par l’agent de ce qu’est la communauté, ce qui va brouiller les interactions.
« Je pensais que la police se foutrait de ma gueule en fait !
Je n’ai pas d’antécédents avec elle, mais un jour, je les ai entendus proférer des propos discriminants, quand je sortais d’un club.
Ils nous ont fait un contrôle d’identité, et euh... en partant, un peu plus loin, il y en a un d’entre eux qui a dit : « tu sens le poppers ?
Ah la la ces tarlouzes ! » Hamza, 28 ans, Île-de-France En conclusion, l’expérience de violence se révèle traumatisante pour nos vitimes. Manipulation, rabaissement, coups, lacérations et viols sont autant d’infractions subies que ces dernières continuent à porter même après la rupture, et qui vont modifier leurs attentes vis-à-vis des futures relations amoureuses.
C’est en ce sens qu’il demeure important de travailler sur la libération de la parole au sein de la communauté afin de freiner le phénomène, et de permettre aux personnes soumises de sortir du silence.
Dans le cadre de ses études, Emeric Friedman s’est intéressé aux violences conjugales dans les couples d’hommes.
Le résultat, édifiant, a donné une enquête de fond visant à mettre en lumière ce fléau.
Le chercheur universitaire en parle avec nous.
PROPOS RECUEILLIS PAR AL’ WARNET EMERIC FRIEDMAN « ce n’est pas un phénomène que l’on peut observer à l’instant T » DANS QUELLES CIRCONSTANCES VOUS ÊTES-VOUS INTÉRESSÉS À CE FLÉAU ?
J’avais déjà entendu parler, au cours de discussions, de situations similaires, mais dans des configurations homme / homme.
Ceci dit, quand je demandais à mes intervenants s’ils avaient eu l'occasion de rencontrer ce genre de cas, on me répondait que non, que l’opportunité ne s’était jamais présentée.
Cela m’a interpellé.
À ce moment, je me suis alors beaucoup interrogé sur les causes pour lesquelles ces « occasions manquées » prenaient forme.
Et, c’est ainsi que mon intérêt pour le sujet est né, puis mon investigation.
Concrètement, cette implication dans la problématique des violence conjugal dans le couplle d'homme a t-elle été simple?

Évidemment que non, et ce pour plusieurs raisons.
Premièrement, ce n’est pas un phénomène que l’on peut observer à l’instant T. En cause, l’acte prend forme, pour la majorité des cas, dans la sphère intime, à l’abri des regards, est régi par la loi du silence.
Pour ça, trouver des victimes ou des témoins a été une tâche compliquée.
Ensuite, l’exercice de l’entretien revêt une autre difficulté sur le volet de la confession.
En effet, celle de se raconter soi au travers d’un récit où la violence est reine et met à nu la vulnérabilité qui a été, devant un parfait inconnu dont on ignore les intentions.
Il faut donc que la personne soit en confiance, assurer l’anonymisation du témoignage.
De même, nous devons lui prouver qu’être victime n’est pas un mal en soi, car temporaire.

Etes vous satisfais du résultat de votre enquête ?
Non, car ce n’est justement pas le mot.
Au contraire, je dirais plutôt que cette enquête montre l’existence du phénomène.
Du moins, dans un premier temps.
Enfin, cette dernière met en lumière des pistes de travail à prolonger afin de mieux cerner les problématiques et particularismes qui gravitent autour de ces soucis.

Tout ce travaille est il un moyen de mettre les pouvoirs publics et politiques dans la boucle ?
Oui.
D'ailleurs, ce travail de recherche a, entre autres choses, pu se faire grâce eux, avec l’investissement de FLAG! et de la DILCRAH dans la lutte contre les violences conjugales (ils préparent d’ailleurs un projet en ce sens, en complément de l’appli de signalement de FLAG!).
Par ailleurs, les ministères de l'intérieur et de la justice sont les deux principaux ministères concernés par la prise en charge des victimes.
Il est donc, à ce titre, important d'identifier les particularismes de ces victimes dans les couples LGBT+. On est donc au-delà d’une simple alimentation du savoir scientifique puisqu’il s’agit par le savoir engendré et restitué aux autorités compétentes, de prévenir de manière adaptée ces violences.
Témoingnage

« je me suis rendu compte que c’était dans sa nature d’être comme ça »
Comme beaucoup, Xavier a subi le fléau des violences conjugales.
À divers degrés, son compagnon s’en est pris à lui, physiquement et verbalement.
Aujourd’hui en voie de guérison, cette triste expérience l’empêche de reprendre goût à l’amour d’un homme, ce qui est pour lui difficile.

Il témoigne. « je me suis rendu compte que c’était dans sa nature d’être comme ça »

Savez vous pourquoi vous etes attirés par les hommes violents?
Oui.
J’ai eu enfance violente, ma mère me maltraitait, mes frères et sœurs s’en prenaient aussi à moi.
Dans mes relations, j’ai tenté de combler le manque affectif, mais je suis sans cesse retombé dans le même schéma.

venons en à votre histoire comment tout a commencé, Xavier?
Au départ, ça a été du harcèlement moral, il me manquait de respect, m’insultait : petit con, bâtard, fils de p***. Rien de bien méchant (du moins, c’est ce que je pensais).
Quand on sortait pour voir des amis, il en profitait pour me rabaisser, disant notamment : « Il est comme mon ex, un branleur ».
Et, alors que je tentais de me défendre, il rétorquait : « n’essaie pas d’avoir raison, tu auras tout le temps tort, c’est moi le chef ici, le roi. ».
Puis, plus tard, il a fait tout son possible pour m’éloigner de certains de mes proches…

C'est a ce moment que les agressions physiques ont eu lieu?
Oui.
Je me rappelle qu’on devait aller retrouver un membre de ma famille, à l’époque.
Mais, au dernier moment, il m’a dit : « Tu vas aller la voir tout seul, ta cousine de m**** ».
Dès cet instant, je me suis emporté et je lui ai répondu qu’il n’avait pas à me parler comme ça.
Il s’est alors levé, m’a mis des coups de pied et de poing.
C’était la fois de trop, j’ai pris mes affaires et je suis parti.

Y avait-il des signez qui povaient expliquer ça?
Non, évidemment.
Au début, on n'habitait pas ensemble, tout se passait bien, l’histoire était limite idyllique.
Puis, de fil en aiguille, il a fait ce qu’il fallait pour que je vive avec lui et que je vende mes meubles, il a eu de belles paroles, quoi.
Lorsque j’ai emménagé avec lui, les lences ont réellement commencé que je me suis rendu compte que c’était dans sa nature d’agir comme ça (il m’avait d’ailleurs parlé d’une situation similaire avec son ancien compagnon, sans faux semblant).

Etait-ce le seul?
Non, il y en a eu d’autres avant lui, avec le même schéma, qui me rabaissaient sans cesse.
Après, pour ne rien vous cacher, je suis toujours tombé sur des mecs chelous qui arrivaient à manipuler des gens, leur faire faire ce qu’ils voulaient.
Concrètement, ça partait sur des petits jeux.
Et, quand on ne répond pas trop, ils commencent à être plus violents, à tel point que ça finit par devenir une habitude.

Votre entourage a t-il été au courant de la situation?

Pas tous, il y a seulement eu ma cousine.
Quand j’étais à l’hôpital, suite à un AVC, elle est venue m’apporter quelques affaires de rechange.
À cet instant, je me suis effondré et lui ai dit tout ce que j’avais vécu.

Dans tout ça, avez vous saisi la justice, porté plainte?
Non.
J’étais dans un état lamentable après cette séparation, je n’ai pas eu le courage de le faire, de l’accepter.
Et puis, il y a eu ce manque de confiance, sachant que j’ai déjà porté pour des faits beaucoup plus graves, sans que ça aboutisse.

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